Extrait livre noir – Respirer un air plus pur! Vraiment?

C’est bien naturel, si l’on peut dire : pour chasser l’ennemi intérieur du logis, on a tendance à se ruer sur les sprays, les plantes ou les purificateurs supposés nettoyer l’air d’un coup de baguette magique. Des produits bio, bien sûr ! Mieux, si possible des huiles essentielles.

Le marché est en plein boom. Il suffit de placer les mots bio ou naturel sur un coin d’étiquette ou encore d’accoler huiles et essentielles pour délier les bourses les plus récalcitrantes. Les fabricants rivalisent d’ingéniosité pour y parvenir. En marge de ces opportunistes, la marque Puressentiel creuse depuis 2005 son sillon avec succès, faisant preuve – et ce n’est pas un reproche- d’art consommé du marketing. Modeste, Puressentiel s’affiche sur de larges panneaux en pharmacie et dans les magazines comme « le meilleur des huiles essentielles et de la cosmétique bio et naturelle pour la santé, la beauté et le bien-être de tous » avec, en sus, « l’efficacité à l’état pu ». Que demander de plus ?

Son spray « assainissant aux quarante et une huiles essentielles » promet de faire « respirer un air plus pur » en chassant « les acariens, virus, germes, champignon, mauvaises odeurs » et donc, par voie de conséquences, « les sources d’allergies ». Merveilleux ! Il n’y a qu’un seule problème. Et il est de taille. Ces sprays – celui-là ou les autres- bien loin de purifier l’air comme ils le prétendent, le chargent au contraire en composés organiques volatils (COV), dont le redoutable formaldéhyde. Blasphème ? L’Association scientifique des allergologues de l’ARCAA a déjà eu l’occasion de l’expliquer, les huiles essentielles ne dépolluent pas, mais « masquent » les odeurs. Le recours à ces huiles pour dépolluer l’air ambiant contribue en fait à le polluer davantage et risque d’accentuer les crises d’asthmes et rhinites.

Mise en cause par Que Choisir, Puressentiel a reconnu la présence de composés organiques volatils (COV) en grande quantité dans son spray mais, d’après la marque, étant « naturels […], ils ne sauraient être assimilables aux COV de synthèse [solvants, émanations de pétrole] ». Un argument fallacieux selon les experts. Car, au moment de l’utilisation du spray, un COV a strictement les mêmes effets en termes d’impact sur la santé, qu’il ait été obtenu par un procédé de chimie de synthèse ou qu’il soit émis par un produit naturel. La seule différence porte sur l’impact environnemental du processus de fabrication, en général moindre avec les produits naturels.

Le coup de semonce adressé par Que Choisir n’a cependant pas freiné les ardeurs de Puressentiel, bien au contraire. L’entreprise propose également un spray « sommeil détente » à base de douze huiles essentielles, efficace selon elle puisque validée par deux études scientifiques. Cette fois c’est du sérieux !

Nous avons cherché à en savoir plus. Sur son site Puressentiel ne donne aucun détail sur la première de ces études, indiquant seulement des résultats. Parmi lesquels, une augmentation de 93% de la forme pendant la journée. Remarquable ! On se demande bien pourquoi ce spray n’est pas obligatoire pour tous les français qui dorment mal et ont le moral dans les chaussettes. Pschitt, pschitt, un coup de spray et hop ! L’économie repart. Mais d’où sortent ces résultats miraculeux ? Ce n’est pas dit. Du chapeau du service commercial, peut-être ?

La marque est plus loquace sur la seconde étude réalisée par le professeur grand spécialiste du sommeil, à Paris, pendant vingt et un jours chez cinquante volontaires souffrant d’un sommeil léger. Peut-être estampillée « scientifique » et donc fiable et sérieuse, une étude doit répondre à des critères tels que réalisée en double aveugle contre placebo. Surprise ! Ce n’est pas le cas de ce travail. Quels auraient été les résultats, si une moitié de cobayes avaient utilisé – sans le savoir – un spray contenant un placebo et l’autre un spray Puressentiel ? C’est ce qu’il aurait fallu mesurer pour donner du crédit à cette étude, dont les conclusions sont pour le coup pour le moins douteuses voire…bidon. Sans compter les répercussions négatives sur la santé : risque de rhinite, d’asthme notamment. Faute d’avoir pu joindre directement la marque elle-même, nous avons cherché à interroger ce professeur. Injoignable au téléphone. Envoyer-lui un mail avec vos questions, a suggéré une assistante. Ce qui fut fait dans la foulée. Nous attendons toujours la réponse !

Ecrit par le Dr Isabelle Bossé.

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