Le livre noir des allergies : les cosmétiques (extrait)

Cosmétiques hypoallergéniques : cela n’existe pas

« Miroir, mon beau miroir, dis moi qui est la plus belle ? ». Ce matin là, Myriam ne voterait certainement pas pour elle. Au réveil, c’est la catastrophe. Elle découvre dans la glace deux paupières boursoufflés, rouge écrevisse, et un visage grêlé de petites taches. A trente-sept ans, le teint de pêche qui fait sa fierté et qu’elle entretient avec soin semble avoir disparu à jamais en une seule nuit.
Un désastre. Impossible d’aller travailler dans cet état.
Inquiète, elle consulte immédiatement son médecin généraliste, qui diagnostique un eczéma des paupières et lui prescrit une crème à base de cortisone, ainsi que des comprimés antihistaminiques. Le traitement la soulage assez rapidement.

Ouf ! Fausse alerte, se dit Myriam. La vie peut reprendre son cours. Sauf que, quelques jours plus tard, les plaques réapparaissent, la situation s’aggrave. Son médecin, à court de solutions, finit par l’orienter vers un allergologue. Lequel, grâce aux patch-tests, diagnostique une allergie à la méthylisothiazolinone (MIT), un conservateur au nom imprononçable mais qu’il vaut pourtant mieux apprendre à connaître. Après interrogatoire, le spécialiste détecte l’origine du mal : le démaquillant de Myriam, dans lequel loge la MIT. Désormais, elle va devoir apprendre à déchiffrer les étiquettes.

Un cas isolé ? Pas vraiment. Dès l’aube des années 2010, plusieurs équipes de dermatologues en Europe ont signalé l’inquiétante montée des allergies liées à la MIT, y compris chez les jeunes. En 2012, la revue scientifique Pediatrics publiait un article portant sur six cas d’enfants porteurs d’eczéma réfractaire à tout traitement. Toutefois, pour la MIT, le glas de l’innocence ne sonna réellement qu’en juillet 2013, lors d’un congrès de dermatologie, à Liverpool. A la tribune, un à un, les spécialistes se succèdent pour instruire le procès du conservateur. Après avoir énuméré les exemples – parfois graves, comme des dermatoses sévères de la face -,ils s’accordent sur une estimation : 6 à 10% de la population européenne est allergique à la MIT. « Une situation inacceptable » déclare le professeur David Orton, président de l’association britannique des dermatologues. Un de ses confrères, l’éminent docteur Ian White, de l’hôpital St Thomas à Londres, ajoute : « De toute mon expérience, je n’ai jamais vu ça ». Certains n’hésitent pas à en demander le retrait immédiat du marché.

Tueurs de bactéries

Qu’est ce que cette MIT, qui affole soudain les compteurs ? On n’a pas attendu l’ère moderne pour se maquiller, utiliser des crèmes, pigments, onguents, savons. Mais l’industrialisation et les nouvelles technologies ont changé radicalement le visage de la cosmétologie. Un cosmétique, on l’ignore bien souvent, aveuglé par les promesses du marketing, les rêves de beauté et de jeunesse éternelle, est composé d’à peine moins de 1% de principes actifs. Le reste de vingt à cinquante ingrédients, ce sont des additifs qui ont pour mission d’obtenir la texture souhaitée, de parfumer , colorer ou encore de conserver, c’est à dire empêcher la prolifération bactérienne de champignons, d’algues… – inévitable, du fait de la présence d’eau dans les cosmétiques .

Véritables tueurs de bactéries, les conservateurs sauvent notre peau, si l’on peut dire, puisqu’ils protègent notre santé. Néanmoins, revers de la médaille, eux-mêmes sont pas un danger. Parmi les dommages collatéraux : allergies, irritations, toxicité, risque cancérigène… Pour l’industriel, trouver le candidat idéal – efficace, dénué d’effets secondaires économique – relève donc du casse-tête. D’autant que la loi interdit désormais les tests sur les animaux.

Pendant longtemps, les parabènes ont fait figure d’additif idéal. En conséquence, les fabricants les ont utilisés dans 80% des cosmétiques. Mais soudain, alors qu’ils étaient au sommet de leur gloire, tout s’est écroulé. Perturbateurs endocriniens, cancérigènes, ils se sont vus accablés de tous les maux, sans que l’on sans que l’on sache exactement ce qu’il fallait en penser puisque le législateur européen n’a tranché que tardivement sur le sujet. Finalement, les parabènes ont sauvé leur tête devant le tribunal des experts, mais tombés disgrâce aux yeux de l’opinion publique, ils font désormais figure de véritables épouvantails. Ironie de l’histoire, la mention « sans parabènes » est devenue un argument commercial placardé sur les étiquettes de nombreux cosmétiques vendus par ces mêmes commerçants qui auparavant vantaient leurs mérites. Plus dure sera la chute !

En 2005, presque du jour au lendemain, il a donc fallu trouver un conservateur de rechange. Les industriels piochent alors dans une liste d’une cinquantaine de produits autorisés par la Commission Européenne. Et c’est la MIT qui sort du chapeau. Pourquoi ? Bon profil. Efficace et sans danger. Voilà, pour la version officielle. « Solution de facilité, rétorque une source proche du dossier, une affaire pris garde côté économique, et l’affaire s’est réglée sur le prix. ». Pas cher et efficace à très faible dose ; la concentration maximale autorisée étant de 0,01%.

« Question sécurité, on n’a pas trop regardé », ajoute notre taupe – sans quoi, on se serait rappelé que la MIT est d’être un nouveau venu. Plutôt un revenant qui hante de longue date les coulisses du business de la cosmétique. En effet, depuis 1976, on la trouve dissimulée sous l’étiquette Kathon-CG, un mélange de méthylisothiazzonlinone – utilisé à doses très faibles dans certains produits cosmétiques et ménagers. Dans les années 1980, du fait d’une épidémie d’allergies, l’usage du Kathon-CG a été limité à certains produits rincés tels que les shampoings. Progressivement, il a été abandonné au profit des… parabènes, parés alors de toutes les vertus.

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