Pollens de Méditerranée

Lorsque Goethe voyageait en Italie, lorsque Daudet ou Giono décrivaient tant la belle Provence, auraient-ils pu imaginer que quelques siècles plus tard ces lieux magnifiques seraient transformés en lieux « à fuir » ?
C’est que, depuis la fin du XXème, le nombre des personnes ayant la qualité de vie très altérée par la « nature » n’a cessé d’augmenter. Oh, non par la nature d’avant, mais bien par celle que la vie moderne a transformée, bouleversée, polluée. Il est démontré que les plantations excessives, mono-spécifiques, dans les régions urbaines ou péri-urbaines (ainsi par exemple, les haies coupe-vent en Provence), n’ont fait qu’augmenter la sensibilisation de très nombreux individus qui, auparavant, étaient étrangers au phénomène. Ajouter de plus, un peu de pollution, beaucoup de réchauffement climatique (et donc un début plus précoce et l’augmentation de la durée des périodes de pollinisation … ) et voilà que maintenant ce sont les gens de nos villes qui éternuent, toussent,  ont du mal à respirer,  coulent des yeux, se grattent … j’en passe et des meilleures. Qu’adviendra-t-il des citadins obligés de traverser tant et tant de ronds-points où trône un magnifique olivier, ou encore complantés de graminées ornementales et « à la mode » ?

Mais redevenons sérieux, si tant est que nous avions cessé de l’être…!

Les plantes méditerranéennes ont toujours vécu auprès des hommes, elles les ont familièrement accompagnés dans leur quotidien, ont nourri et soigné leurs corps, leur imaginaire, leurs besoins de symboles, leur soif de sacré. Les plantes, la végétation sont un des éléments essentiels à prendre en compte pour la compréhension et l’étude d’un  milieu et de ses habitants. Notre Méditerranée, berceau de la pensée occidentale, n’échappe pas à la règle.

On peut là y recenser, et pour les plus couramment allergisants les :

Cupressacées : cupressus sempervirens, juniperus ashei, juniperus oxicedrus, thuyas,
Oléacées : olea europa,
Pariétaires : parietera judaïca, officinalis,
Graminées ornementales.

POLLENSIci également, certains arbres sont souvent suspectés « d’allergisants », le plus souvent à tort : ainsi le mimosa qui fleurit dans la région niçoise, en même temps que le cyprès, n’est que la partie découverte de l’iceberg. Le célèbre mimosa « inonde » les yeux et le nez de ses fleurs jaunes et parfumées, mais non de ses pollens. Car, pour être allergisante, il faut que la pollinisation d’une plante se produise aidée par le vent, on la dit anémophile ; à l’opposé de celle dont la pollinisation s’opère par l’intermédiaire des insectes, et qui est dite entomophile. De plus, les pollens des plantes anémophiles sont en général de petites tailles, émis en très grandes quantités, et véhiculés sur de très grandes distances : donc très agressifs pour les voies respiratoires des patients. Pour exemple, un pollen de mimosa lourd, coloré, parfumé, attirant les insectes, ne fait des dégâts que si on en est proche. Au contraire du pollen de cupressacées, petit, léger, transporté par le vent en énorme quantité … CQFD.

Voisins, les platanes qui ornaient en très grand nombre les places et avenues des villes provençales, ont été taillés ou abattus suite à la Maladie du chancre coloré ; puis remplacés par d’autres arbres, les micocouliers. Les défunts arbresétaient responsables de graves symptômes, car là aussi, pollinisant de façon massive…  Actuellement, ceux des platanes qui ont pu être sauvés sont plus irritants qu’allergisants.

Le diagnostic de l’allergie aux plantes méditerranéennes débute chez l’allergologue par un interrogatoire circonstancié suivi d’un examen clinique. Les symptômes sont essentiellement respiratoires, touchant jeunes et adultes : rhinite, conjonctivite, toux, asthme et parfois manifestations cutanées, avec, en période pollinique, un impact au quotidien sur les activités.

La pratique de tests cutanés est le gold-standard, le passage obligé, pour mettre en corrélation symptômes et pollens, grâce aux comptes polliniques et au Risque Allergique établis hebdomadairement par le Réseau National de Surveillance Aérobiologique. Les arbres et plantes méditerranéennes pollinisent dès le mois de février (cupressacées), pour se terminer à la fin du mois de juin, avec parfois un rebond en septembre (pariétaires).

On peut avoir recours également à un dosage biologique des anticorps spécifiques de tel ou tel pollen, les IgE spécifiques et/ou des allergènes moléculaires.

Dans certains cas d’asthme mal équilibré, il faut rajouter au bilan allergologique une exploration fonctionnelle respiratoire.

Le traitement se fait en plusieurs étapes :

  • d’abord symptomatique, pour soulager en période de crise : anti-histaminiques per-os ou locaux (nez, yeux), corticoïdes locaux (nez, yeux, +/- bronches), broncho-dilatateurs,
  • ensuite, préventif avec mise en place en pré-saisonnier, d’un traitement de désensibilisation spécifique (le seul qui modifie durablement la réponse immunitaire, l’évolution naturelle de la maladie), le plus souvent par voie sublinguale. Pour ce faire, l’allergologue prescrit des doses croissantes de l’allergène responsable, puis la même dose à intervalles réguliers pendant 3 à 5 saisons polliniques.

Et, dans tous les cas, le bon sens reprenant toujours sa place, il faudra que le patient suivent les conseils pratiques donnés par son allergologue : éviter les promenades et courses si les alertes polliniques concernant le pollen « accusé » sont fortes, fermer les fenêtres en milieu de matinée et début d’après-midi (forte présence de pollens), rouler en voiture les vitres fermées et laver les cheveux en fin de journée, après chaque sortie.

L’allergologue est, et restera une sentinelle, la sentinelle de l’environnement. Il ne peut rester aveugle ni muet  aux modifications que les hommes ont apportées à leur mode de vie, à leur écosystème, car, force est de constater que leurs actions ont eu, en grande partie, des effets délétère sur la santé humaine…

Ruth NAVARRO

Membre expert de l’ARCAA

2014

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