Poumons et environnement

Professeur Denis CHARPIN, membre expert de l’ARCAA
Le poumon est le premier filtre des 15 000 litres d’air inhalés quotidiennement.

La pollution  agit sur la santé  à  divers niveaux : activation des mécanismes de défense comme le système antioxydant, augmentation (physiopathologique) des cytokines de l’inflammation,  voire actions cliniquement perceptibles… Pollution atmosphérique et chimique

  • Effet aigus

En population générale, les études  de cohorte ont mis en évidence une association entre les fluctuations au jour le jour des taux de polluants  et les symptômes  ORL (rhinite, conjonctivite, pharyngite) et bronchiques (toux, oppression thoracique, sibilances). Les risques relatifs sont faibles, compris entre 1 et 2. Chez  des  patients préalablement atteints de maladie respiratoire ou cardiaque, dits sensibles, l’effet sanitaire est plus marqué du fait d’une réactivité particulière (les asthmatiques ont des bronches  hyper-réactives) ou de réserves ventilatoires déjà amputées (comme dans la BPCO). La pathologie cardiovasculaire s’exprime aussi durant des périodes de forte pollution  : risque d’infarctus du myocarde, troubles  du rythme cardiaque,  accident vasculaire cérébral,  mort subite. Du fait de la grande fréquence des maladies cardiovasculaires, le risque qui leur est attribuable est même plus élevé que celui des pathologies respiratoires. À l’extrême, durant la période de forte pollution  atmosphérique, on peut observer une surmortalité à la fois de cause cardiaque et respiratoire, de l’ordre de 2 à 3 %.

  • Effet à long terme

Ceux classiquement décrits sont la bronchite chronique,  l’obstruction bronchique chronique et le cancer bronchique. Les études récentes ont mis en évidence : – un effet très précoce (observé chez les enfants  de l’enseignement primaire)  de la pollution  de fond sur le parenchyme pulmonaire  avec lésions d’emphysème, réduction de la croissance  pulmonaire et donc progression insuffisante des paramètres spirométriques ; – une action inductrice très probable sur l’asthme et la sensibilisation allergique, notamment vis-à-vis des pollens ; – des conséquences cardiovasculaires, avec des modifications  métaboliques, glycémiques, lipidiques et tensionnelles (syndrome  métabolique).  Par ailleurs,  on a constaté  en échographie des variations  de l’épaisseur de la paroi artérielle carotidienne en fonction du lieu de résidence.

Pollen et pollinoses  Leurs effets, observés chez les allergiques, concernent essentiellement les voies aériennes supérieures et s’expriment par une rhinite, le plus souvent associée à une conjonctivite, voire un asthme. L’augmentation de fréquence de ce type d’allergie est à mettre, au moins en partie, sur le compte du réchauffement climatique qui s’accompagne d’un allongement de la saison pollinique et d’une augmentation de la production des pollens. Une autre hypothèse réside dans l’interaction entre ces derniers et les polluants atmosphériques. Par ailleurs, il y a de fréquentes réactions croisées entre allergènes polliniques et aliments. Enfin, il faut noter le rôle particulier de cer- tains pollens régionaux, le bouleau dans la région parisienne, le Nord et le Nord-Est du pays, l’ambroisie en région Rhône-Alpes et le cyprès en zone méditerranéenne. Ces pollinoses ont la particularité de survenir à un âge plus avancé que le classique rhume des foins lié à une allergie au pollen de graminées et d’affecter des sujets qui n’avaient pas de terrain allergique personnel et familial.

Pollution domestique

  • Pollution chimique

Récemment décrite, elle trouve son origine dans les matériaux d’aménagement de la maison et les produits ménagers. Il s’agit de polluants de la famille des composés organiques volatils et celle des aldéhydes dont le représentant le plus connu est le formaldéhyde. L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI), créé en 2001, a mené une première étude nationale en 2005, qui a abouti à une cartographie du risque  chimique  domestique. Conclusion : l’air intérieur est en moyenne  largement plus pollué que l’air extérieur, et 14 % des logements  français sont très contaminés par ces polluants. L’OQAI mène actuellement des études dans les écoles et les bureaux, centrées  sur cette pollution et sur le renouvellement de l’air. Ces composés chimiques ont des effets irritants  au plan respiratoire, mais semblent également jouer un rôle dans l’apparition et l’évolution de l’asthme et des maladies allergiques respiratoires. Ils sont aussi potentiellement cancérigènes… La principale source de pollution  domestique reste néanmoins le tabagisme.

  • Pollution biologique

Il s’agit classiquement des acariens  de la poussière de maison. Toutefois, la pollution biologique est beaucoup plus complexe, et le facteur responsable de la prolifération des acariens, à savoir l’excès d’humidité, favorise également celle des moisissures et des bactéries, avec production de toxines et de composés organiques microbiens,  soit un mélange complexe d’aérocontaminants. Cela permet de mieux  comprendre les échecs de la lutte  anti-acariens classique (acaricides et housses antiacariens). La stratégie moderne consiste  à intervenir au domicile du patient  allergique ou asthmatique  avec plusieurs  techniques et sur diverses cibles (allergènes, tabagisme passif et autre pollution chimique), en associant si possible une éducation thérapeutique. Le ministère de l’Environnement a impulsé une dynamique dans ce domaine en créant en 2011, dans le cadre  du plan national santé environnement, une quinzaine de postes de conseillers  habitat-santé conseillers en environnement intérieur qui inter- viennent à domicile, à la demande du médecin pour identifier les diverses  sources d’allergènes et de polluants. Le rôle de ces paramédicaux n’est pas simple  car les conseils d’hygiène classiques ne sont pas efficaces si l’origine de l’excès d’humidité n’est pas identifiée et corrigée. Il leur faut s’intéresser au renouvellement de l’air souvent insuffisant  et aussi au bâtiment lui- même, source d’humidité via des fuites en toitures  ou en façade ou par remontées capillaires. Les conseils d’éviction des acariens (ceux que l’on donne à des parents atopiques qui cherchent à prévenir la maladie chez leur jeune enfant) ne sont, pour la plupart des sociétés savantes  allergologiques, plus de mise dans la prévention primaire des maladies allergiques. La responsabilité des  phanères de chat et de chien dans l’allergie respiratoire a été remise en cause. Si l’animal doit être éloigné à partir du moment où le sujet y est devenu allergique,  on peut, en revanche,  le laisser en place au foyer d’un enfant à naître.

Pollution professionnelle  Concernant l’asthme professionnel, un bilan effectué sur 2001-2009, à partir  des consultations de pathologie professionnelle effectuées dans 32 centres hospitalo-universitaires, met en évidence : – une diminution globale du nombre de cas. L’exposition professionnelle est malgré tout jugée responsable de 30 % des asthmes  de l’adulte ; – une baisse des cas dus aux aldéhydes, bois, farine, isocyanates, métaux et latex ; – une forte augmentation de ceux dus aux agents  de désinfection et de nettoyage, notamment les ammoniums quaternaires. Pour les  rhinites professionnelles, de récentes  recommandations insistent  sur le fait que la rhinite  étant  bien souvent le précurseur de l’asthme, une intervention précoce  peut  empêcher cette évolution péjorative BPCO. On a pris conscience  du fait que, même dans les pays développés,  30 à 50 % des cas ne relèvent pas du tabagisme et que la recherche d’une exposition à un aérocon- taminant professionnel est essentielle, même si elle ne débouche pas souvent sur une déclaration de maladie professionnelle. Sept substances possiblement carcinogènes bronchiques ont été ajoutées en 2011 à la liste du département américain de la santé : le naphtalène, le plomb, le sulfate de cobalt, des dérivés du benzène, le dibromoanthraquinone et le thiodianaline (industrie textile), et les nitrométhanes (explosifs, agriculture). Enfin,  concernant la surveillance des  personnes ayant été exposées à l’amiante, les recommandations de la HAS transforment nos protocoles : la radiographie disparaît au profit du scanner  low-dose pratiqué 20 à 30 ans après le début de l’exposition, en fonction de l’intensité de cette dernière et au rythme d’un examen tous les 5 à 10 ans.

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